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La nutrition, une arme contre l’inflammation

Responsable de nombreuses pathologies chroniques, la réaction inflammatoire intervient aussi activement dans le processus de vieillissement. Parvenir à la moduler doit être un objectif central en médecine morphologique et anti-âge. Une prise en charge nutritionnelle adaptée peut permettre de réduire cette inflammation et ses effets associés.

La réaction inflammatoire aiguë est une réaction de défense de l’organisme contre un hôte indésirable ou lorsque l’une de nos barrières naturelles, comme la peau, les muqueuses intestinales ou pulmonaires, sont l’objet d’une effraction. La réaction inflammatoire peut devenir chronique et délétère en entraînant l’apparition d’une pathologie inflammatoire chronique. Son impact est visible dans les maladies intestinales, comme la maladie de Crohn, ou articulaires, comme la polyarthrite rhumatoïde, mais également déterminant dans l’élaboration et la propagation des cancers et de l’athérosclérose. Si les recherches les plus récentes révèlent que l’inflammation favorise la résistance à l’insuline et perturbe la cicatrisation, elles montrent également l’importance de son rôle dans le processus de vieillissement. Ainsi, l’un des piliers de la médecine morphologique et anti-âge doit être la prise en charge complète de la réaction inflammatoire, dont l’un des principaux axes sera la nutrition. En effet, l’alimentation pouvant entraîner des effets aussi bien bénéfiques que néfastes sur la réaction inflammatoire, il est possible – grâce à certains principes nutritionnels – de limiter cette inflammation.

Modifier la balance des acides gras
Il convient tout d’abord de corriger la balance entre les acides gras, en diminuant les acides gras saturés, trans et oméga 6 et en augmentant les oméga 3, cet équilibre conditionnant la durée et l’intensité de la réaction inflammatoire. En effet, l’acide arachidonique est le précurseur des prostaglandines de type 2 qui possèdent le potentiel le plus inflammatoire, tandis que l’EPA et le DHA, précurseurs des prostaglandines de type 3, permettent de temporiser le climat inflammatoire. En cas de stress cellulaire, quelle qu’en soit la cause, la phospholipase A2 est activée. Celle-ci détache, par hydrolyse, l’un des trois AGPI (acides gras poly-insaturés) en C20 du phospholipide et le soumet à une cascade enzymatique qui va le métaboliser en médiateurs cellulaires de l’inflammation. La phospholipase A2 n’a pas d’affinité particulière avec l’un ou l’autre de ces AGPI, elle agit simplement sur l’AGPI le plus proche. C’est donc seulement la proportion de chacun de ces acides gras présents dans les phospholipides membranaires, qui entraîne un effet métabolique plus ou moins pro-inflammatoire.

Enfin, les acides gras sont également les précurseurs d’une nouvelle classe de lipides qui stoppent la réaction inflammatoire : il s’agit des lipoxines, résolvines et neuroprotectines, dérivées respectivement de l’acide arachidonique (AA), de l’acide éicosapentaénoïque (EPA) et de l’acide doco(sa)hexanoïque (DHA).

Réduire le stress oxydant
Il est essentiel de combattre le stress oxydant, en proposant une alimentation riche en antioxydants contenus dans les fruits, les légumes, le curcuma ou le thé vert. 

Le curcuma
Il possède des propriétés anti-inflammatoires par inhibition du NF kappa B (Nuclear Factor kappa B), par la production de cytokines comme le TNF-alpha, et aussi de cyclo-oxygenase 2 (COX2), des lipo-oxygénases (LOX) et de NO-synthétase. Il a également des vertus antioxydantes, une action anticancéreuse en forçant l’apoptose des cellules cancéreuses et une action hypocholestérolémiante. 

Le thé vert
Sa consommation pourrait diminuer le risque cardiovasculaire, ralentir le déclin cognitif et participer à la lutte contre l’obésité, en augmentant la thermogenèse et en modifiant la répartition des graisses. Par son action antioxydante, le thé vert diminue l’oxydation des LDL, module la production de NO par l’endothélium vasculaire, baisse le niveau d’activation des plaquettes, de la PCR (Protéine C-Réactive), de l’homocystéine et augmente l’excrétion du cholestérol. À cela s’ajoute l’action vasodilatatrice des flavonoïdes. Enfin, le thé vert aurait une action sur l’insulinorésistance en augmentant la thermogenèse grâce à ses catéchines.

Le resvératrol
Il possède une puissante capacité à inhiber la production d’eicosanoïdes et la libération des cytokines inflammatoires. Il détient des propriétés antioxydantes par compétition avec le cœnzyme Q10 et diminue la production des espèces oxygénées réactives au niveau du 3e complexe de la chaîne respiratoire mitochondriale. Il détruit les radicaux superoxydes qui se forment dans les mitochondries et inhibe la peroxydation lipidique induite par les produits de la réaction de Fenton au cours de la production d’énergie. Il protège les lipides de la dégradation par la peroxydation et stoppe de façon dosedépendante l’entrée des LDL oxydées dans la paroi vasculaire. Il renferme des propriétés anticancéreuses en induisant la mort cellulaire et en renforçant l’effet de la vitamine D sur les cellules cancéreuses. Enfin, il protège les cellules du vieillissement par son action sur les gènes sirtuines**. 

Les flavonoïdes
Contenus dans le chocolat noir et la quercétine, ils ont des propriétés anti-inflammatoires. Le chocolat a une action sur l’agrégation plaquettaire, sur le profil lipidique et la PCR (Protéine C-Réactive), tandis que la quercétine inhibe la formation des médiateurs de l’inflammation comme les prostaglandines et les leucotriènes. 

L’huile d’olive
Cinquante grammes d’huile d’olive contiendraient l’équivalent de 10% d’une dose d’ibuprofène.

Glycation des protéines: des réactions en chaîne
Il importe de lutter contre la glycation des protéines qui se fait par la fixation d’un sucre réducteur (glucose ou fructose) ou d’un aldéhyde sur les résidus aminés (fonction amine N-terminale) de la protéine (principalement au niveau de la lysine). Cette réaction, très dépendante du temps d’exposition au sucre et de la concentration sanguine en glucose, se déroule sans participation enzymatique et forme un produit appelé base de Schiff.

À la suite de cette première étape, un réarrangement moléculaire appelé réarrangement d’Amadoria souvent lieu. Il s’agit soit d’un changement de conformation spatiale (isomérisation) de la base de Schiff, soit de la fixation sur une protéine (au niveau de sa fonction NH2) d’un sucre oxydé par réaction radicalaire. Ce réarrangement est réversible par hydrolyse chimique. Le taux de formation de ces produits d’Amadori est proportionnel à la concentration en sucre.
Ce réarrangement est suivi d’une réaction plus complexe, appelée réaction de Maillard. Elle aboutit à la formation des AGE (Advanced Glycation End-products) ou PTG (produits terminaux de glycation), plus connus sous le terme de produits de Maillard. Le taux de formation de ces composés est indépendant de la concentration en sucre du milieu mais dépend de la durée de l’hyperglycémie et du taux de  turn-over protéique.
Si les deux premiers stades se stabilisent à un plateau et peuvent être inversés selon le niveau de la glycémie, le troisième est irréversible et progresse quel que soit le niveau de glycémie. Il génère des composés réactifs responsables du vieillissement tissulaire qui ne peuvent plus être détruits, ni libérés de la cellule. Ces produits s’entassent alors dans la cellule sans qu’elle puisse s’en débarrasser. Petit à petit, ces substances entraînent un dysfonctionnement du métabolisme de la cellule et finissent par engendrer sa mort.


De multiples points d’impact
Les conséquences de la glycation des protéines sont multiples. Glyquées, les protéines perdent certaines de leurs propriétés. La glycation touche surtout l’albumine, l’insuline et les immunoglobulines. 

  • La glycation altère les activités enzymatiques de la SuperOxyde Dismutase (SOD) et de  l’alcooldéshydrogénase hépatique. La glycation altère la liaison des molécules de régulation, comme le 2-3 diphosphoglycérate (DPG) sur l’hémoglobine et de l’héparine sur l’antithrombine III. L’hémoglobine glyquée (HbA1c) représente 4,2% de l’hémoglobine totale chez le sujet sain et de l’ordre de 7,5% chez le sujet diabétique.
  • La glycation forme des agrégats entre les protéines par l’oxydation de groupements soufrés SH en ponts disulfures. L’autre conséquence est la formation de liaisons covalentes entre les produits terminaux de glycation. Cela participe à l’excès de perméabilité vasculaire et à l’opacification du cristallin. Une troisième voie est le captage covalent de protéines plasmatiques au niveau de groupements réactifs générés par la glycation, favorisant les dépôts d’albumine, d’immunoglobulines G (d’IgG) et de complément et des lipoprotéines LDL dans les parois artérielles.
  • La glycation des protéines des parois vasculaires leur fait perdre une partie de leurs propriétés mécaniques et les rend résistantes aux enzymes nécessaires au remodelage des parois. Elle contribue ainsi à l’irréversibilité de l’épaississement de la paroi artérielle. Elle diminue la fluidité membranaire et réduit la susceptibilité à la protéolyse. Les modifications structurales sont à l’origine de fuites de l’albumine dans l’urine (microalbuminurie). Les modifications des domaines de liaison aux cellules et les perturbations de l’assemblage entre les molécules, en réduisant l’adhésion des cellules endothéliales, favorisent une prolifération cellulaire anormale. Les altérations du fibrinogène et de la fibrine favorisent les dépôts vasculaires de fibrine et la prolifération des fibres musculaires lisses. Les perturbations des propriétés de l’élastine diminuent l’élasticité des grands vaisseaux, élèvent la filtration au travers de la carotide et entraînent un défaut de vasodilatation.
  • La glycation perturbe également la fonction des acides nucléiques (ADN). Un tel phénomène est incriminé dans des cassures chromosomiques, une atteinte des processus de réparation, réplication et transcription, dans la sénescence cellulaire et la genèse des malformations congénitales lors des grossesses diabétiques.
  • La glycation modifie l’immunogénicité qui, si elle est réduite pour les produits d’Amadori, semble au contraire accrue pour les produits terminaux de glycation, contre lesquels des auto-anticorps, notamment de titre IgA, ont été mis en évidence chez le diabétique. De plus, on observe une réduction du pouvoir anticorps des immunoglobulines G (IgG) glyquées.
  • La glycation est encore responsable de défauts de reconnaissance des signaux moléculaires et de l’endocytose. La glycation des lipoprotéines LDL réduit leur captation par leurs récepteurs normaux. On observe aussi une réduction de la liaison des lipoprotéines HDL glyquées et des lipoparticules AI (LpAI) glyquées. Au niveau des macrophages, la glycation des LDL et des HDL3 est responsable d’une synthèse accrue d’esters de cholestérol. Tout ceci favorise l’hypercholestérolémie. Les lipoprotéines glyquées sont rapidement captées par des récepteurs et sont des activateurs cellulaires.
  • Au niveau du macrophage, des cellules endothéliales, des fibres musculaires lisses et des fibroblastes, il existe un récepteur spécifique des produits terminaux de glycation (AGE) appelé RAGE (récepteur des AGE). Il est distinct des récepteurs scavengers (captant les LDL oxydées). Son expression est inhibée par l’insuline et augmentée par le TNF. La liaison des AGE au récepteur RAGE des cellules provoque la formation de radicaux libres, stimule l’expression des molécules d’adhésion et enclenche une activité procoagulante; elle induit la sécrétion de messagers extracellulaires, notamment des cytokines (TNF-alpha , interleukine 1, interféron) et des facteurs de croissance (PDGF, IGF-1, VEGF). La sécrétion exagérée du facteur de croissance vasculaire, le VEGF (Vascular Endothelial Growth Factor), est d’ailleurs considérée comme responsable de la rétinopathie diabétique. Tous ces messagers peuvent être le point de départ, non seulement d’une réaction inflammatoire, mais aussi d’une détérioration vasculaire et neuronale.

La seule façon de lutter contre ce fléau est la réduction drastique du sucre, y compris la consommation de produits torréfiés et/ou caramélisés et un contrôle parfait de la glycémie. Deux molécules sont actives sur la glycation, l’aminoguanidine et la carnosine.


La vitamine D
Pour contrôler ce processus inflammatoire, il importe aussi de connaître le statut du patient en vitamine D, car outre ses propriétés sur le métabolisme phosphocalcique, elle influence de façon complexe l’inflammation, ceci à partir d’un effet initial sur les macrophages, puis sur l’immunité par l’intermédiaire de plusieurs boucles paracrines entre les différents types cellulaires producteurs de cytokines. Elle permet la différenciation du macrophage et active ses fonctions cytotoxiques bactériennes, elle inhibe la multiplication des lymphocytes et leur production d’IL2, d’interféron gamma et de TNF-alpha. Elle possède également des propriétés anticancéreuses en jouant un rôle dans le contrôle du cycle de division et de différenciation cellulaire, ainsi que dans le contrôle de l’apoptose.

Produits d’origine animale et gluten
Les produits d’origine animale Les produits d’origine animale – viandes, produits laitiers, œufs, poissons – doivent être limités, car ils participent à la réaction inflammatoire à des degrés divers selon leur richesse en acide arachidonique (l’acide gras le plus délétère concernant l’inflammation), leur richesse en acide urique, la synthèse de polyamine et la présence du glycan Neu5Gc. 

Le lait
Le lait ne contient pas de gynolactose et d’acide gammalinolénique, substances essentielles au développement cérébral, ce qui peut retentir sur le niveau intellectuel, mais aussi sur la réponse immunitaire, en raison des intrications entre système nerveux et système immunitaire. Est aussi délétère la présence de peptides non-soi, qui peuvent jouer le rôle de xéno-antigènes, initiateurs des maladies auto-immunes. De même quant à la présence d’hormones et de facteurs de croissance, comme l’IGF1. Ces processus, parmi bien d’autres, participent peut-être au développement important des maladies dites dégénératives dans les populations occidentales, depuis quelques décennies. 

Le blé
Le blé et ses apparentés contiennent des protéines comme la gliadine, que les mucines et les enzymes humaines ne peuvent dégrader, car leur structure a été modifiée par les mutations et/ou par la cuisson. Ces protéines non dégradées pourront alors exercer des actions nocives, comme l’agression contre la muqueuse du grêle avec état inflammatoire chronique, la perturbation de la flore intestinale, la fourniture de peptides antigéniques déclenchant une pathologie auto-immune comme dans le cas de la maladie cœliaque.

La nutrithérapie
La prescription de probiotiques, de magnésium, de dérivés azotés et la phytothérapie, peuvent être des compléments intéressants. L’altération de la perméabilité intestinale, causée par une infection, des toxines ou autres facteurs, favorise un transfert aberrant d’antigènes à travers l’intestin en engendrant des réponses immunitaires inappropriées. Des études récentes ont montré que la consommation de probiotiques stabilise la fonction barrière de l’épithélium intestinal. 

Le déficit en magnésium entraîne une rétention sodique, une pénétration excessive du calcium, une accumulation du fer dans la cellule où celui-ci catalyse la formation de radicaux libres et par voie de conséquence une accélération du vieillissement cellulaire. Les médiateurs de l’inflammation – que sont les cytokines pro- ou anti-inflammatoires – peuvent être contrôlées par les nutriments azotés comme la L-glutamine et l’arginine.

Prise en charge
Sur le plan clinique, certains signes locaux et généraux sont à rechercher, tout d’abord dans le but de déterminer les réactions inflammatoires aiguës ou chroniques . Sur le plan biologique, la réaction inflammatoire sera classiquement mise en évidence par un profil protéique comprenant le dosage de la protéine C réactive (PCR), de l’orosomucoïde et de l’haptoglobine, que l’on peut compléter par une électrophorèse des protéines. L’inflammation perturbant l’état nutritionnel du patient, il est classique d’adjoindre les dosages de l’albumine, de la pré-albumine et d’évaluer le statut en fer du patient (NFS = numération formule sanguine), la ferritine et le cœfficient de saturation de la transferrine.

La prise en charge en médecine morphologique et anti-âge d’un patient présentant un état inflammatoire devrait également comporter un profil en acides gras, un bilan de stress oxydant, l’évaluation de la fonction intestinale, le dosage de la vitamine D et celui de l’homocystéine. Dans l’avenir, il pourra être complété par le dosage de l’hepcidine.

Enfin, il sera important de rééduquer le patient à la mastication et de l’encourager à pratiquer une activité physique régulière et modérée.

Conclusion
La réaction inflammatoire est une composante essentielle de plusieurs pathologies chroniques, mais aussi un facteur déterminant du vieillissement. C’est donc un aspect important à prendre en compte dans notre pratique de la médecine morphologique et anti-âge – outre les procédures médicales esthétiques – afin d’apporter au patient les armes contre un vieillissement global prématuré. La prise en charge doit alors débuter par un bilan clinique et biologique complet du patient, notamment de son état inflammatoire et de son stress oxydatif, afin de proposer un réajustement nutritionnel adapté. n

Dr. Carine Carchon

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